Hier matin, comme tous les matins, je monte préparer le lait de Tylian. Je mets la radio, et généralement je peux l’écouter jusqu’à ce que le bambin arrive avec son papa, et fonce éteindre le poste en me disant : « Tu es triste, hein, Maman ». Je vous jure, plus de respect de nos jours…
J’avais donc quelques minutes pour absorber les infos de 8 heures (parce que s’il est malpoli, il dort néanmoins très bien !). La journaliste parle de l’équipe de France de rugby, et de l’entraînement spécial que vont subir les joueurs. Subir, oui, oui.
J’apprends, sidérée, qu’ils partent pour quelques jours en commando je ne sais où avec l’armée française, mais pas n’importe quelle section, les pires, sûrement, les plus durs ; quelque chose qui approche de la légion étrangère… Notre équipe de rugby, afin de vaincre les terrifiants adversaires aux danses belliqueuses, va donc marcher sans nourriture pendant des heures, puis arriver à un camp où il lui faudra courir après des poulets bel et bien vivants, les tuer, les plumer, les vider, les cuire (ou les manger en l’état ??? Ce n’était pas précisé dans le reportage).
La première question que je me pose à ce stade du reportage, c’est : « réussir à attraper un poulet permet-il de mieux courir sur le terrain ? Plus vite que les All Blacks ??? Dans ce cas, ça devrait aussi marcher pour le Tour de France, pas besoin de leur filer des saloperies à l’insu de leur plein gré, non, autant les affamer et les faire pédaler derrière de la volaille. »
Sur France Inter, comme ils sont sérieux, ils ont pensé à interroger un joueur de l’équipe (dont je ne connais pas le nom, parce que si personne ne le sait, je ne suis pas l’actualité sportive). Ce dernier témoigne : « L’an dernier – pauvres hommes, c’est pas la première fois, et ils y retournent, faut vraiment être… – pour les poulets, c’était le carnage, on avait trop faim. »
La deuxième question surgit alors, toute simple, mais pleine de bon sens : « Mais putain, pourquoi ils font ça ??? Etre con, ça suffit pas comme explication ». La réponse arrive alors, surprenante, délivrée par la journaliste : ils font ça parce que c’est censé souder la cohésion du groupe, leur faire prendre conscience de l’importance de la solidarité dans une équipe de sport. Je vous jure, c’est LA raison. Quand ça ne fonctionnera plus, de dégommer des poulets pour se passer un ballon avec solidarité et esprit d’équipe, ils iront peut-être en Tchétchénie. Ou au Darfour. Ou en Afghanistan. Ou libérer Ingrid Betancourt. L’avantage, c’est que dans le beau monde où l’on vit, il y a matière à renouveler de façon originale l’entraînement de nos merveilleux sportifs.
Entraînement, entraîneur… Mais au fait, Bernard Laporte, notre futur secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, n’est-il pas l’entraîneur de ces garçons ? Ouhlàlà… ça promet ! Elle va bien rigoler, Roselyne, le week-end. Il va peut-être y avoir des lois rigolotes votées cet été, pour que tout le monde aille faire un stage de ce type pour qu’ « ensemble » nous participions à la vie de la nation, histoire d’avoir un esprit débile dans un corps sain.